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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 18:49

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« Charleville, le 2 novembre 1870.

Monsieur,

- A vous seul ceci. –

Je suis rentré à Charleville un jour après vous avoir quitté. Ma Mère m'a reçu, et je suis là... tout à fait oisif. Ma mère ne me mettrait en pension qu'en janvier 71.
Eh bien, j'ai tenu ma promesse.
Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous, je m'entête affreusement à adorer la liberté libre, et... un tas de choses que "ça fait pitié", n'est-ce pas ? Je devais repartir aujourd'hui même ; je le pouvais : j'étais vêtu de neuf, j'aurais vendu ma montre, et vive la liberté ! -Donc je suis resté ! Je suis resté ! - et je voudrai repartir encore bien des fois. - Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons. - Mais je resterai, je resterai. Je n'ai pas promis cela ! Mais je le ferai pour mériter votre affection : vous me l'avez dit. Je la mériterai.
La reconnaissance que je vous ai, je ne saurais pas vous l'exprimer aujourd'hui plus que l'autre jour. Je vous la prouverai ! Il s'agirait de faire quelque chose pour vous, que je mourrais pour le faire, - je vous en donne ma parole.
J'ai encore un tas de choses à dire...

Ce "sans-cœur" de
A. RIMBAUD.


Guerre : pas de siège de Mézières. Pour quand ? On n'en parle pas. J'ai fait votre commission à M. Deverrière, et, s'il faut faire plus, je le ferai. - Par-ci, par-là, des francs-tirades. Abominable prurigo d'idiotisme, tel est l'esprit de la population. On en entend de belles, allez. C'est dissolvant ! »

(Lettre d’Arthur RIMBAUD à son Professeur Georges IZAMBARD, datée du 2 novembre 187O)

La photo est prise devant le Musée RIMBAUD de Charleville, sur le quai, où les « édiles » ont eu la bonne idée de fixer une douzaine de chaises en inoxydable dont l’assise comporte des extraits de poèmes ou de lettres d'A. RIMBAUD.

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 21:16

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« Je vivais dans une sorte de malédiction confortable. Je m’étais arrangé pour ne rien laisser paraître ni de mes angoisses, ni de mes envies, ni même de mes vœux les plus secrets et qui eussent risqué de me laisser en mauvaise posture devant tel ou tel de mes contempteurs. Je vivais masqué. Je veux dire par là, cette cire commode dont on se peint le visage et, bien mieux, les sentiments, dès qu’on se sent traqué, soumis des fois, et  au mieux, vaincu. L’indifférence confine à l’insouciante optique de tout ce qui peut être regardé, ou même vu de biais, en douce, en rupture de courtoisie. Les voyous ne sont pas tous enfermés dans les prisons. C’est une idée reçue. Il en est qui vaquent en toute tranquillité dans les salons, dans la rue, dans les ministères. L’orgueil de ceux de ma race est trop évident pour qu’il soit nécessaire de se démasquer le moment venu. Le moment est toujours là, présent, indéniable. Je savais que je n’en sortirais jamais de cette brume visqueuse que je prenais plaisir à faire tâter autour de moi à qui voulait bien, et dont je disais qu’elle était tout mon sentiment. Je vivais. Et maintenant, je vis.

Seul. »

(Préface de Léo Ferré au Testament phonographe, Ed. La Mémoire et la Mer, Monaco, et Ed. 10/18, Département d’Univers Poche, 2001.)

La photo est un détail de la toile d’Henri FANTIN-LATOUR (1836-1904), intitulée Un coin de table,  datée de 1872. Arthur RIMBAUD avait  17 ans. Une copie de cette toile se trouve au Musée RIMBAUD de Charleville

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 15:49

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Voici un ouvrage qui vient de paraître (2012) et qui réjouira tous les amateurs de photographies et de cette admirable région qu'est l'Ardenne.

Avec des photographies (certaines inédites à ce jour) de ce poète-photographe-graveur que fut Edmond DAUCHOT, déjà évoqué per ailleurs sur mon blog.

L'édition est due au Musée en Piconrue de Bastogne dont voici les coordonnées :

Musée en Piconrue

2, en Piconrue

B 6600 Bastogne

 

www.piconrue.be

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 10:16

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« Le Juste restait droit sur ses hanches solides :

Un rayon lui dorait l'épaule ; des sueurs

Me prirent : " Tu veux voir rutiler les bolides ?

Et, debout, écouter bourdonner les flueurs

D'astres lactés, et les essaims d'astéroïdes ?

 

" Par des farces de nuit ton front est épié,

Ô juste ! Il faut gagner un toit. Dis ta prière,

La bouche dans ton drap doucement expié ;

Et si quelque égaré choque ton ostiaire,

Dis : Frère, va plus loin, je suis estropié ! "

 

Et le juste restait debout, dans l'épouvante

Bleuâtre des gazons après le soleil mort :

" Alors, mettrais-tu tes genouillères en vente,

Ô Vieillard ? Pèlerin sacré ! barde d'Armor !

Pleureur des Oliviers ! Main que la pitié gante !

 

" Barbe de la famille et poing de la cité,

Croyant très doux : ô cœur tombé dans les calices,

Majestés et vertus, amour et cécité,

Juste ! plus bête et plus dégoûtant que les lices !

Je suis celui qui souffre et qui s'est révolté !

 

" Et ça me fait pleurer sur mon ventre, ô stupide,

Et bien rire, l'espoir fameux de ton pardon !

Je suis maudit, tu sais ! je suis soûl, fou, livide,

Ce que tu veux ! Mais va te coucher, voyons donc,

Juste ! je ne veux rien à ton cerveau torpide.

 

" C'est toi le Juste, enfin, le Juste ! C'est assez !

C'est vrai que ta tendresse et ta raison sereines

Reniflent dans la nuit comme des cétacés,

Que tu te fais proscrire et dégoises des thrènes

Sur d'effroyables becs de canne  fracassés !

 

" Et c'est toi l'œil de Dieu ! le lâche ! Quand les plantes

Froides des pieds divins passeraient sur mon cou,

Tu es lâche ! Ô ton front qui fourmille de lentes !

Socrates et Jésus, Saints et Justes, dégoût !

Respectez le Maudit suprême aux nuits sanglantes ! "

 

J'avais crié cela sur la terre, et la nuit

Calme et blanche occupait les cieux pendant ma fièvre.

Je relevai mon front : le fantôme avait fui,

Emportant l'ironie atroce de ma lèvre...

- Vents nocturnes, venez au Maudit ! Parlez-lui,

 

Cependant que,  silencieux sous les pilastres

D'azur, allongeant les comètes et les nœuds

D'univers, remuement énorme sans désastres,

L'ordre, éternel veilleur, rame aux cieux lumineux

Et de sa drague en feu laisse filer les astres !

 

Ah ! qu'il s'en aille, lui, la gorge cravatée

De honte, ruminant toujours mon ennui, doux

Comme le sucre sur la denture gâtée.

- Tel que la chienne après l'assaut des fiers toutous,Léchant son flanc d'où pend une entraille emportée.

 

Qu'il dise charités crasseuses et progrès...

- J'exècre tous ces yeux de chinois à bedaines,

Puis qui chante : nana, comme un tas d'enfants près

De mourir, idiots doux aux chansons soudaines :

Ô Justes, nous chierons dans vos ventres de grès ! »

 

Arthur RIMBAUD, 1871.

(Œuvres complètes, Ed. Gallimard, 1972)

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 16:22

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Conte


Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. - Les femmes réapparurent. Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. - Tous le suivaient.
Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. - la foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indicible, insupportable même ! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.
Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
La musique savante manque à notre désir.Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.
Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. - Les femmes réapparurent. Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. - Tous le suivaient.
Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. - la foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.
Peut-on s'extasier dans la destruction, se rajeunir par la cruauté ! Le peuple ne murmura pas. Personne n'offrit le concours de ses vues.
Un soir il galopait fièrement. Un Génie apparut, d'une beauté ineffable, inavouable même. De sa physionomie et de son maintien ressortait la promesse d'un amour multiple et complexe ! d'un bonheur indicible, insupportable même ! Le Prince et le Génie s'anéantirent probablement dans la santé essentielle. Comment n'auraient-ils pas pu en mourir ? Ensemble donc ils moururent.
Mais ce Prince décéda, dans son palais, à un âge ordinaire. Le prince était le Génie. Le Génie était le Prince.
La musique savante manque à notre désir

 

 

Extrait des Illuminations d’Arthur RIMBAUD (1854 - 1891).

L’illustration est de Pablo PICASSO, si ma mémoire est bonne, Aloïs !

Photo prise au Musée RIMBAUD de Charleville, le 3 juin 2012.

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:38

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Couverture dessinée par Fernand LEGER d'une édition du recueil de poèmes en prose d'Arthur RIMBAUD.

Photo prise au Musée RIMBAUD de Charleville, le 3 juin 2012.

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 18:40

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Photo prise au Musée RIMBAUD de Charleville, le 3 juin 2012

 

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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 14:41

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« Du Havre nous n’avons fait que suivre les côtes comme les navigateurs anciens

Au large du Portugal la mer est couverte de barques et de chalutiers de pêche

Elle est d’un bleu constant et d’une transparence pélagique

Il fait beau et chaud

Le soleil tape en plein

D’innombrables algues vertes microscopiques flottent à la surface

Elles fabriquent  des aliments qui leur permettent de se multiplier rapidement

Elles sont l’inépuisable provende vers laquelle accourt la légion des infusoires et des larves marines délicates

Animaux de toutes sortes

Vers étoiles de mer oursins

Crustacés menus

Petit monde grouillant près de la surface des eaux toute pénétrée de lumière

Gourmands et friands

Arrivent les harengs les sardines les maquereaux

Que poursuivent les germons les thons les bonites

Que poursuivent les marsouins les requins les dauphins

Le temps est clair la pêche est favorable

Quand le temps se voile les pêcheurs sont mécontents et font entendre leurs lamentations jusqu’à la tribune du parlement »

(Sur les côtes du Portugal, poème de Blaise CENDRARS, extrait Du monde entier au cœur du monde, Ed. Denoël)

Photo prise à Sagrès, Portugal, en 2007.

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 14:24

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(Photo prise en Slovénie, mai 2012.)

Le titre est celui d'un roman de Cormac McCarthy, dont les frères Coen ont tiré un film.

Lorsque je consulte un livre pour la première fois, j'ai pour habitude de lire avant toute chose les premières et les dernières phrases.

Voici celles de No Country for Old Men (traduction par François Hirsch, Editions de l'Olivier) :

"Jai envoyé un homme à la chambre à gaz à Huntsville. Un seul et rien qu'un. C'est moi qui l'ai arrêté et il a été condamné sur mon témoignage.

...............................

"Et dans le rêve je savais qu'il allait plus loin et qu'il voulait allumer un feu quelque part là-bas dans tout ce noir et dans tout ce froid et je savais que n'importe quand j'y arriverais il y serait. Et alors je me suis réveillé."

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 21:03

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"Une orange sur la table

Ta robe sur le tapis

Et toi dans mon lit

Doux présents du présent

Fraîcheur de la nuit

Chaleur de ma vie."

Jacques PREVERT,  "Alicante",  Ed. gallimard, Paroles, 1949.

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